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1888

XXII

Paul-Marie Verlaine

L’affreux Ivry dévorateur A tes reliques dans sa terre Sous de pales fleurs sans odeur Et, des arbres nains sans mystère.

Je laisse les charniers flétris Où gît la moitié de Paris. Car, mon fils béni, tu reposes Sur le territoire d’Ivry,

Commune, où, du moins, mieux encloses, Les tombes dorment à l’abri Du flot des multitudes bêtes, Les dimanches, jeudis et fêtes.

Le cimetière est trivial Dans la campagne révoltante, Mais je sais le coin filial Où ton corps a planté sa tente.

– Ami, je viens parler à toi. – Commence par prier pour moi. Bien pieusement je me signe Devant la croix de pierre et dis

En sanglotant à chaque ligne Un très humble De profundis. – Alors ta belle âme est sauvée ? – Mais par quel désir éprouvée !

Les fleurettes du jardinet Sont bleuâtres et rose tendre Et blanches, et l’on reconnaît Des soins qu’il est juste d’attendre.

– Le désir, sans doute, de Dieu ? – Oui, rien n’est plus dur que ce feu. Les couronnes renouvelées Semblent d’agate et de cristal ;

Des feuilles d’arbres des allées Tournent, dans un grand vent brutal. – Comme tu dois souffrir, pauvre âme ! – Rien n’est plus doux que cette flamme,

Voici le soir gris qui descend ; Il faut quitter le cimetière, Et je m’éloigne en t’adressant Une invocation dernière :

– Ame vers Dieu, pensez à moi. – Commence par prier pour toi.

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