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1881

XXII

Paul-Marie Verlaine

Pourquoi triste, ô mon âme, Triste jusqu’à la mort, Quand l’effort te réclame, Quand le suprême effort

Est là qui te réclame ? Ah ! tes mains que tu tords Au lieu d’être à la lâche, Tes lèvres que tu mords

Et leur silence lâche, Et tes yeux qui sont morts ! N’as-tu pas l’espérance De la fidélité,

Et, pour plus d’assurance Dans la sécurité, N’as-tu pas la souffrance ? Mais chasse le sommeil

Et ce rêve qui pleure. Grand jour et plein soleil ! Vois, il est plus que l’heure : Le ciel bruit vermeil,

Et la lumière crue Découpant d’un trait noir Toute chose apparue, Te montre le Devoir

Et sa forme bourrue. Marche à lui vivement. Tu verras disparaître Tout aspect inclément

De sa manière d’être, Avec l’éloignement. C’est le dépositaire Qui te garde un trésor

D’amour et de mystère, Plus précieux que l’or, Plus sûr que rien sur terre : Les biens qu’on ne voit pas,

Toute joie inouïe, Votre paix, saints combats, L’extase épanouie Et l’oubli d’ici-bas,

Et l’oubli d’ici-bas !

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