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1891

XXI

Paul-Marie Verlaine

O j'ai froid d'un froid de glace O je brûle à toute place ! Mes os vont se cariant, Mes blessures vont criant ;

Mes ennemis pleins de joie Ont fait de moi quelle proie ! Mon coeur, ma tête et mes reins Souffrent de maux souverains.

Tout me fuit, adieu ma gloire ! Est-ce donc le Purgatoire ? Ou si c'est l'enfer, ce lieu Ne me parlant plus de Dieu ?

— L'indignité de ton sort Est le plaisir d'un plus Fort. Dieu plus juste et plus Habile Que ce toi-même débile.

Tu souffres tel mal profond Que des volontés te font, Plus bénignes que la tienne Si mal et si peu chrétienne,

Tes humiliations Sont des bénédictions Et ces mornes sécheresses Où tu te désintéresses

De purs avertissements Descendus de cieux aimants Tes ennemis sont les anges Moins cruels et moins étranges

Que bons inconsciemment, D'un Seigneur rude et clément. Aime tes croix et tes plaies, Il est saint que tu les aies.

Face aux terribles courroux, Bénis et tombe à genoux. Fer qui coupe et voix qui tance, C'est la bonne Pénitence.

Sous la glace et dans le feu Tu retrouveras ton Dieu.

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