Skip to content
1881

XVIII

Paul-Marie Verlaine

Toutes les amours de la terre Laissant au cœur du délétère Et de l’affreusement amer, Fraternelles et conjugales,

Paternelles et filiales, Civiques et nationales, Les charnelles, les idéales, Toutes ont la guêpe et le ver.

La mort prend ton père et ta mère, Ton frère trahira son frère, Ta femme flaire un autre époux, Ton enfant, on te l’aliène,

Ton peuple, il se pille ou s’enchaîne Et l’étranger y pond sa haine, Ta chair s’irrite et tourne obscène, Ton âme flue en rêves fous.

Mais, dit Jésus, aime, n’importe ! Puis de toute illusion morte Fais un cortège, forme un chœur, Va devant, tel aux champs le pâtre,

Tel le coryphée au théâtre, Tel le vrai prêtre ou l’idolâtre, Tels les grands-parents près de l’âtre, Oui, que devant aille ton cœur !

Et que toutes ces voix dolentes S’élèvent rapides ou lentes, Aigres ou douces, composant A la gloire de Ma souffrance

Instrument de ta délivrance, Condiment de ton espérance Et mets de la propre navrance. L’hymne qui te sied à présent !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
XVIII · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove