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1888

XVII

Paul-Marie Verlaine

Ce portrait qui n’est pas ressemblant, Qui fait roux tes cheveux noirs plutôt, Qui fait rose ton teint brun plutôt, Ce pastel, comme il est ressemblant !

Car il peint la beauté de ton âme, La beauté de ton âme un peu sombre Mais si chère au fond que, sur mon âme, Il a raison de n’avoir pas d’ombre.

Tu n’étais pas beau dans le sens vil Qu’il paraît qu’il faut pour plaire aux dames, Et, pourtant, de face et de profil, Tu plaisais aux hommes comme aux femmes,

Ton nez certes n’était pas si droit, Mais plus court qu’il n’est dans le pastel, Mais plus vivant que dans le pastel, Mais aussi long et droit que de droit.

Ta lèvre et son ombre de moustache Fut rouge moins qu’en cette peinture Où tu n’as pas du tout de moustache, Mais c’est ta souriante si pure.

Ton port de cou n’était pas si dur, Mais flexible, et d’un aigle et d’un cygne ; Car ta fierté parfois primait sur Ta douceur dive et ta grâce insigne.

Mais tes yeux, ah ! tes yeux, c’est bien eux, Leur regard triste et gai, c’est bien lui, Leur éclat apaisé c’est bien lui, Ces sourcils orageux, que c’est eux !

Ah ! portrait qu’en tous les lieux j’emporte Où m’emporte une fausse espérance, Ah ! pastel spectre, te voir m’emporte Où ? parmi tout, jouissance et transe !

O l’élu de Dieu, priez pour moi, Toi qui sur terre étais mon bon ange ; Car votre image, plein d’alme émoi, Je la vénère d’un culte étrange.

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