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1888

XIX

Paul-Marie Verlaine

Il m’arrivait souvent, seul avec ma pensée, – Pour le fils de son nom tel un père de chair, – D’aimer à te rêver dans un avenir cher La parfaite, la belle et sage fiancée.

Je cherchais, je trouvais, jamais content assez, Amoureux tout d’un coup et prompt à me reprendre, Tour à tour confiant et jaloux, froid et tendre, Me crispant en soupçons, plein de soins empressés,

Prenant ta cause enfin jusqu’à tenir ta place, Tant j’étais tien, que dis-je là ? tant j’étais toi, Un toi qui t’aimait mieux, savait mieux qui et quoi, Discernait ton bonheur de quel cœur perspicace !

Puis, comme ta petite femme s’incarnait, Toute prête, vertu, bon nom, grâce et le reste, O nos projets ! voici que le Père céleste, Mieux informé, rompit le mariage net.

Et ravit, pour la Seule épouse, pour la Gloire Éternelle, ton âme aux plus ultimes cieux, En attendant que ressuscite glorieux Ton corps, aimable et fin compagnon de victoire.

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