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1888

XIV

Paul-Marie Verlaine

Notre essai de culture eut une triste fin, Mais il fit mon délire un long temps et ma joie : J’y voyais se développer ton être fin Dans ce beau travail qui bénit ceux qu’il emploie ;

J’y voyais ton profil fluet sur l’horizon Marcher comme à pas vifs derrière la charrue, Gourmandant les chevaux ainsi que de raison, Sans colère, et criant diah et criant hue ;

Je te voyais herser, rouler, faucher parfois, Consultant les anciens, inquiet d’un nuage, L’hiver à la batteuse ou liant dans nos bois, Je t’aidais, vite hors d’haleine et tout en nage.

Le dimanche, en l’éveil des cloches, tu suivais Le chemin de jardins pour aller à la Messe ; Après midi, l’auberge une heure où tu buvais Pour dire, et puis la danse aux soirs de grand’liesse…

Hélas ! tout ce bonheur que je croyais permis, Vertu, courage à deux, non mépris de la foule Mais pitié d’elle avec très peu de bons amis, Croula dans des choses d’argent comme un mur croule

Après, tu meurs ! – Un dol sans pair livre à la Faim Ma fierté, ma vigueur, et la gloire apparue… Ah ! frérot ! est-ce enfin là-haut ton spectre fin Qui m’appelle à grands bras derrière la charrue ?

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