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1891

XIII

Paul-Marie Verlaine

Un projet de mon âge mûr Me tint six ans l'âme ravie : C'était, d'après un plan bien sûr, De réédifier ma vie.

Vie encor vivante après tout, Insuffisamment ruinée, Avec ses murs toujours debout Que respecte la graminée,

Murs de vraie et franche vertu, Fondations intactes certes, Fronton battu, non abattu, Sans noirs lichens ni mousses vertes,

L'orgueil qu'il faut et qu'il fallait, Le repentir quand c'était brave, Douceur parfois comme le lait, Fierté souvent comme la lave

Or, durant ces deux fois trois ans, L'essai fut bon, grand le courage. L'œuvre en aspects forts et plaisants Montait, tenant tête à l'orage.

Un air de grâce et de respect Magnifiait les calmes lignes De l'édifice que drapait L'éclat de la neige et des cygnes…

Furieux mais insidieux, Voici l'essaim des mauvais anges Rayant le pur, le radieux Paysage de vols étranges,

Salissant d'outrages sans nom, Obscénités basses et fades, De mon renaissant Parthénon Les portiques et les façades,

Tandis que quelques-uns d'entre eux, Minant le sol, sapant la base, S'apprêtent par un art affreux, A faire de tout table rase.

Ce sont, véniels et mortels, Tous les péchés des catéchismes Et bien d'autres encore tels Qu'ils font les sophismes des schismes.

La Luxure aux tours sans merci, L'affreuse Avarice morale, La Paresse morale aussi, L'Envie à la dent sépulcrale,

La Colère hors des combats, La Gourmandise, rage, ivresse, L'Orgueil, alors, qu'il ne faut pas, Sans compter la sourde détresse

Des vices à peine entrevus, Dans la conscience scrutée, Hideur brouillée et tas confus, Tourbe grouillante et ballottée.

Mais quoi ! n'est-ce pas toujours vous, Démon femelle triple peste, Pire flot de tout ce remous, Pire ordure que tout le reste,

Vous toujours, vil cri de haro, Qui me proclame et me diffame, Gueuse inepte, lâche bourreau, Horrible, horrible, horrible femme ?

Vous, l'insultant mensonge noir, La haine longue, l'affront rance, Vous qui seriez le désespoir, Si la Foi n'était l'Espérance

Et l'Espérance le pardon, Et ce pardon une vengeance. Mais quel voluptueux pardon, Quelle savoureuse vengeance !

Et tous trois, espérance et foi Et pardon, chassant la séquelle Infernale de devant moi, Protégeront de leur tutelle

Les nobles travaux qu'a repris Ma bonne volonté calmée, Pour grâce à des grâces sans prix, Achever l'œuvre bien-aimée

Toute de marbres précieux En ordonnance solennelle Bien par delà les derniers cieux Jusque dans la vie éternelle

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