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1893

XII

Paul-Marie Verlaine

Mais Sa tête, Sa tête ! Folle, unique tempête D’injustice indignée, De mensonge en furie,

Visions de tuerie Et de vengeance ignée. Puis exquise bonace, Du soleil plein l’espace,

Colombe sur l’abîme, Toute bonne pensée Caressée et bercée Pour un réveil sublime.

Force de la nature Magnifiquement dure Et si douce, Sa tête, Adoré phénomène

O de ma Philomène La tête, seule fête ! Et voyez quelle est belle Cette tête rebelle

A la littérature Comme à l’art de la brosse Et du ciseau féroce, Voyez, race future !

Car je veux dire aux Anges Ce plus cher des visages, Cheveux noirs comme l’ombre Où passerait une onde

Pure, froide, profonde, Sous un ciel bas et sombre, Petit front d’Immortelle Plissé dans la querelle,

Nez mignard qu’ironise Un bout clair qui s’envole, Bouche d’où Sa parole Part, précise et consise

Mais sorcière sans cesse, Qui blesse et qui caresse Mon âme obéissante, Soumise, adulatrice,

O voix dominatrice, O voix toute-puissante… ! Et ô sur cette bouche Plus âpre que farouche,

Plus farouche que tendre, Plus tendre qu’ordinaire, Prince au fond débonnaire, Le Baiser semble attendre,

Et tout cela qu’éclaire Le regard circulaire De deux beaux yeux de braise, Bruns avec de la flamme,

Sournois avec de l’âme Et du cœur, n’en déplaise A nos jaloux, ma reine, Ma noble souveraine

Qui me tient dans tes geôles, O tête belle et bonne Et mauvaise – et couronne Du trône, tes Épaules.

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