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1895

VISITES

Paul-Marie Verlaine

Je n'ai pas vu d'arbres ni d'herbe Ni de ciel, sinon un seul pan, Durant tout cet été superbe Dont on me rebat le tympan.

Ah çà, m'aurait-on donc jeté Dans un cachot trop mérité ? Non, je suis simplement malade, Mais un malade dès l'abord

En plein large, à la débandade, Délire, coma, pris pour mort ; Puis je redevins l'alité Classique — à perpétuité ?

Et ce n'est pas que je m'ennuie, Au moins, dans l'asile où je suis. Pas de soleil, mais pas de pluie. J'y vis au frais, au chaud, et puis

Des visiteurs assidûment Y charment mon isolement. C'est toi d'abord, ô bien-aimée, M'apportant avec ta gaîté

Dorénavant douce, l'armée Des victorieux procédés Par quoi tu m'as toujours dompté, Conseil juste, forte bonté…

Et ne voilà-t-il pas ençore, Ô miracle renouvelé De vingt ans passés que j'implore Depuis lors, contrit, désolé,

Que la grâce entre et me sourit, De Notre-Seigneur Jésus-Christ !

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