Skip to content
1894

VIII

Paul-Marie Verlaine

Voilà bien le déjà quantième jour de l’an Que tu me vois ici : le premier c’était en ***. Ah ! mon amour est vieux déjà de plus d’un lustre ; Et comme un qui s’accoude à même tel balustre

Et paresseusement resonge aux biens, aux maux, Aux insignifiants événements, faits, mots, Pensers, de cette part quelconque de sa vie, Ainsi, moi, je souffre à nouveau colère, envie,

Trahison : je jouis après des jours, des jours Et des jours et des jours et des bonnes amours Et des espoirs remplis jadis, et de la vie Enfin ! et malgré trahison, colère, envie !

Mais de tous ces mémoranda le meilleur c’est Toi, quand ta forme, aimée à l’infini, glissait D’un pas léger malgré la majesté du buste Vers moi tout rassuré dès lors par ta voix, juste

Au point par ma langueur loin de toi, douce voix, Divine voix dont les gaîtés sont des pavois Où trônent mes désirs triomphals en cette heure. La voix s’envole, mais le souvenir demeure.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
VIII · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove