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1894

VI

Paul-Marie Verlaine

Après les chants d’église et les airs militaires Plus près d’être pareils qu’on ne croit en effet, Les uns vous pénétrant de délices austères, Les autres, feu puissant, clair, pur, dans les artères,

Dès le premier soupir jusqu’au dernier chevet, Après, dis-je, ces deux entières préférences, Ce que j’aime parfois en fait de bruit humain C’est l’instrument qu’un pauvre éveille sous sa main,

Bruit humain, fait de cris et de lentes souffrances Dans le soleil couchant au loin d’un long chemin, Rue ou route, emplissant la banlieue et la ville De son chant toujours triste en dépit du morceau :

Est-ce espoir qui s’endort, est-ce révolte vile ? Ah ! plutôt n’est-ce pas l’escorte qui défile Des rêves, revenus de la tombe au berceau Et qui vont du berceau retourner à la tombe,

Sans fin, sans lieu, soleil couchant jamais éteint, Rue ou route qu’un horizon d’automne étreint, Perpétuel, heure arrêtée, âme que plombe Et surplombe un ennui qu’on ignore et qu’on craint.

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