Skip to content
1894

V

Paul-Marie Verlaine

Je revois, quasiment triomphal, La ville où m’attendaient ces mois d’ombres Mon malheur était lors sans rival, Mes soupirs, qui put compter leur nombre ?

Je revois, quasiment triomphal, Ces murs qu’on avait cru d’oubli sombre. Le train passe, blanc panache en l’air, Devant la rougeâtre architecture

Où je vécus deux fois en hiver Et tout un été… sans aventure, Le train passe, blanc panache en l’air, Avec moi me carrant en voiture.

Sans aventure, ah ! oui, ces hivers Et cet été ! D’aventure, aucune ! Moi qui les aime à titres divers, En plein scandale ou bien sous la lune.

Sans aventure, ah ! oui, ces hivers Et cet été ! La morte infortune ! – Ingrat cœur humain ! mais souviens-toi, Gentleman improvisé qui files.

Mais souviens-toi donc : ici la Foi T’investit, loin du péché des villes. Ingrat cœur humain ! mais souviens-toi Qu’ici la Foi but tes larmes viles.

Le train passe et les temps sont passés, Mais je n’ai pas oublié la bonne, La grande aventure, et je le sais Que Dieu m’a béni plus que personne.

Le train passe et les temps sont passés, Mais l’heure de grâce reste et sonne.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
V · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove