Skip to content
1896

UN PEU DE POLITIQUE

Paul-Marie Verlaine

Tribune des Cinq-Cents, attributs indécents, Tremplin mesquin pour tous plongeons dans les non-sens, Dans ces mensonges, dans telles logomachies, Et, chose pire, dans les pires des orgies

De gaspillages d’honneur civique et d’argent ! Tribune où Bonaparte, en homme intelligent Vraiment, ne monta qu’un instant pour donner l’ordre De la jeter bas, dût mons Arena le mordre

D’un poignard de théâtre et d’un « Tyran ! » appris ; Tribune remplacée au-delà de son prix, Bien au-delà de son prix, ce leurre, par celle Des rois revenus, qu’on peut nommer la Pucelle

De parlementarisme honnête, celui-là (Non celui-ci !) et puis, comme tout s’écroula De fier encor dans ce pays qu’un chacun pipe, Tribune encore de l’affreux Louis-Philippe,

Et de Prud’homme et de Robert Macaire et de Tous les pieds plats et d’aussi tous les cœurs bas que La honte attire et que l’opprobre rassasie ! Quarante-Huit te mit au rancart, trop moisie

Que t’étais pour ses paradoxes innocents, Tribune des Cinq-Cents, attributs indécents, Et l’Empire second pour malpropre te tint… Mais vint le Prussien…

Ton prestige est reteint, Ton bas-relief d’ailleurs sans talent d’autre guise Que d’étaler des seins qui ne sont plus de mise Et qu’un artiste un peu noble « ne saurait voir »

Sans un chagrin profond et sans un ennui noir, Ton bas-relief, à neuf gratté, t’encor décore, Tremplin mesquin pour tout plongeur dans tout non-sens, Symbole de ceux-ci, jacobins indécents.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.