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1895

TRISTIA

Paul-Marie Verlaine

Je n’avais pas connu l’Ennui, Pourtant jusqu’au jour d’aujourd’hui Je vivais et mourais de lui. Ce depuis l’atroce journée

Où, pauvre âme au ciel ramenée, J’ai méconnu ma destinée. Ramenée au ciel, et comment ? Par le fait logique et charmant

D’un grand miracle assurément, Par la conversion soudaine D’un cœur voué tout à la haine En un d’une onction sereine.

Puis m’investit un désir fou À la fois furieux et mou Qui m’allait entraînant jusqu’où ? Adieu, l’émoi pur et candide

Vers l’idéal sûr et splendide, Pour quel souci bas et sordide ? Adieu les belles oraisons, La rosée autour des toisons,

La prière aux ardents buissons ! Des querelles sans fin ni trêve, Toujours quelque violent rêve, Une vie à se dire : Crève !

Par degrés cet enfer pourtant S’alanguissait, non pénitent, Hélas ! en limbes fades tant ! Rien désormais qui ne soit vague,

Ne déraisonne et ne divague… Évêque ayant perdu sa bague, Magicien sans talismans, Pôle privé de ses aimants,

Tel, moi, monde aux morts éléments ! Ô le remède, le remède ! Pauvre âme folle, souviens-toi : Jésus terrible et doux, à l’aide,

Seigneur, pour encore la Foi !

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