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1866

Sérénade

Paul-Marie Verlaine

Comme la voix d’un mort qui chanterait Du fond de sa fosse, Maîtresse, entends monter vers ton retrait Ma voix aigre et fausse.

Ouvre ton âme et ton oreille au son De ma mandoline : Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson Cruelle et câline.

Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx Purs de toutes ombres, Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx De tes cheveux sombres.

Comme la voix d’un mort qui chanterait Du fond de sa fosse, Maîtresse, entends monter vers ton retrait Ma voix aigre et fausse.

Puis je louerai beaucoup, comme il convient, Cette chair bénie Dont le parfum opulent me revient Les nuits d’insomnie.

Et pour finir, je dirai le baiser De ta lèvre rouge, Et ta douceur à me martyriser, — Mon Ange ! — ma Gouge !

Ouvre ton âme et ton oreille au son De ma mandoline : Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson Cruelle et câline.

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