Skip to content
1889

Rendez-vous

Paul-Marie Verlaine

Dans la chambre encore fatale De l’encor fatale maison Où la raison et la morale Se tiennent plus que de raison,

Il semble attendre la venue À quoi, misère, il ne croit pas De quelque présence connue Et murmure entre haut et bas :

« Ta voix claironne dans mon âme Et tes yeux flambent dans mon cœur. Le Monde dit que c’est infâme Mais que me fait, ô mon vainqueur ?

J'ai la tristesse et j'ai la joie Et j’ai l’amour encore un coup, L’amour ricaneur qui larmoie, Ô toi beau comme un petit loup !

Tu vins à moi gamin farouche C’est toi, joliesse et bagout Rusé du corps et de la bouche Qui me violente dans tout

Mon scrupule envers ton extrême Jeunesse et ton enfance mal Encore débrouillée et même Presque dans tout mon animal

Deux, trois ans sont passés à peine, Suffisants pour viriliser Ta fleur d’alors et ton haleine Encore prompte à s’épuiser

Quel rude gaillard tu dois être Et que les instants seraient bons Si tu pouvais venir ! Mais, traître, Tu promets, tu dis : J’en réponds,

Tu jures le ciel et la terre, Puis tu rates les rendez-vous… Ah ! cette fois, viens ! Obtempère À mes désirs qui tournent fous.

Je t’attends comme le Messie, Arrive, tombe dans mes bras ; Une rare fête choisie Te guette, arrive, tu verras ! »

Du phosphore en ses yeux s’allume Et sa lèvre au souris pervers S’agace aux barbes de la plume Qu’il tient pour écrire ces vers…

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Rendez-vous · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove