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1896

POUR E…

Paul-Marie Verlaine

TU me fais un peu mal à la tête. O jalouse ainsi que le soupçon, Je ne suis pas toujours à la fête Alors que tu me fais la leçon

O doctoresse en droit féminin, Épargne un peu ce moi, ta conquête, Et fais-lui le don félin, canin, De ta compétence qui me guette,

Ta compétence en le droit charmant Qu’ont les femmes, hélas ! sur nos âmes D’hommes et même sur nos vraiment Faibles corps d’hommes, ô vous, les femmes…

O toi, ma femme, ô toi, laisse-moi T’aimer beaucoup sans surtout trop croire Que je ne t’aime que pour la gloire. Non, je t’aime encore pour l’émoi,

Pour ce cher émoi de notre chair Commune comme un bien qu’on partage, Alors que nous sommes au lit cher A noire chair laissée en otage

De notre cœur ô que mutuel, De notre âme ô combien réciproque, De notre amour si doux, si cruel, Que je le crois seul de son époque.

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