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1889

PIERROT GAMIN

Paul-Marie Verlaine

CE n’est pas Pierrot en herbe Non plus que Pierrot en gerbe. C’est Pierrot, Pierrot, Pierrot. Pierrot gamin, Pierrot gosse,

Le cerneau hors de la cosse, C’est Pierrot, Pierrot, Pierrot. Bien qu’un rien plus haut qu’un mètre, Le mignon drôle sait mettre

Dans ses yeux l’éclair d’acier Qui sied au subtil génie De sa malice finie De poète-grimacier.

Lèvres rouge-de-blessure Où sommeille la luxure, Face pâle aux rictus fins, Longue, très accentuée

Qu’on dirait habituée A contempler toutes fins, Corps fluet et non pas maigre, Voix de fille et non pas aigre,

Corps d’éphèbe en tout petit, Voix de tête, corps en fête, Créature toujours prête A soûler chaque appétit.

Va, frère, va, camarade, Fais le diable, bats l’estrade Dans ton rêve et sur Paris Et par le monde, et sois l’âme

Vile, haute, noble, infâme De nos innocents esprits ! Grandis, car c’est la coutume, Cube ta riche amertume,

Exagère ta gaieté Caricature, auréole, La grimace et le symbole De notre simplicité !

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PIERROT GAMIN · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove