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1889

PENSIONNAIRES

Paul-Marie Verlaine

L’UNE avait quinze ans, l’autre en avait seize ; Toutes deux dormaient dans la même chambre C’était par un soir très lourd de septembre : Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraises,

Chacune a quitté, pour se mettre à l’aise, La fine chemise au frais parfum d’ambre. La plus jeune étend les bras et se cambre, Et sa sœur, les mains sur ses seins, la baise.

Puis tombe à genoux, puis devient farouche Et tumultueuse et folle et sa bouche Plonge sous l’or blond, dans les ombres grises ; Et l’enfant, pendant ce temps-là, recense

Sur ses doigts mignons des valses promises, Et, rose, sourit avec innocence.

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