Skip to content
1888

PENSÉE DU SOIR

Paul-Marie Verlaine

COUCHÉ dans l’herbe pâle et froide de l’exil, Sous les ifs et les pins qu’argente le grésil, Ou bien errant, semblable aux formes que suscite Le rêve, par l’horreur du paysage scythe,

Tandis qu’autour, pasteurs de troupeaux fabuleux, S’effarouchent les blancs Barbares aux yeux bleus, Le poète de l’art d’Aimer, le tendre Ovide Embrasse l’horizon d’un long regard avide

Et contemple la mer immense tristement. Le cheveu poussé rare et gris que le tourment Des bises va mêlant sur le front qui se plisse, L’habit troué livrant la chair au froid, complice,

Sous l’aigreur du sourcil tordu l’œil terne et las, La barbe épaisse, inculte et presque blanche, hélas ! Tous ces témoins qu’il faut d’un deuil expiatoire Disent une sinistre et lamentable histoire

D’amour excessif, d’âpre envie et de fureur Et quelque responsabilité d’Empereur. Ovide morne pense à Rome et puis encore A Rome que sa gloire illusoire décore.

Or, Jésus ! vous m’avez justement obscurci : Mais, n’étant pas Ovide, au moins je suis ceci.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
PENSÉE DU SOIR · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove