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1895

PÂQUES

Paul-Marie Verlaine

De Rome, hier matin, les cloches revenues Exhalent un concert glorieux dans les nues. L'écho puissant qui flue et tombe de la tour Vient magnifier l'air et la terre à leur tour.

L'oiseau, sanctifié par l'or des salves saintes, Lui-même entonne un hymne aimable et, las de plainte, Clame l'alleluia sur un air de chanson, Dans l'arbre, au ras des prés, et parmi le buisson.

L'alouette, un motet au bec, s'est envolée ; Le rossignol a salué l'aube emperlée D'accents énamourés d'un amour plus brûlant, Et comme lumineux d'un bonheur calme et lent.

Le printemps, né d'hier, allégrement frissonne ; La nature frémit d'aise, et voici que sonne Partout dans la campagne, au cœur des vieux beffrois De l'altier campanile et du palais des rois,

Et de tous les fracas religieux des villes Des Paris aux Moscous, des Londres aux Sévilles, Le frais appel pour l'alme célébration De l'almissime jour de résurrection…

La colombe vole au sillon et l'agneau broute. Dis-nous, Marie, qui tu rencontras en route ? Le fleuve est d'or sous le soleil renouvelé… « C'est le seigneur : en Galilée il est allé ! »

— Ah ! que le cœur n'est-il lavé dans l'or du fleuve ! Sanctifié dans l'or des cloches, l'âme veuve ! Et que l'esprit n'est-il humble comme l'agneau, Blanc comme la colombe en ce clair renouveau,

Et que l'homme, jadis conscience introublée, N'est-il en route ,encore pour la Galilée !

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