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1878

LONDRES

Paul-Marie Verlaine

Un dimanche d'été, quand le soleil s'en mêle, Londres forme un régal offert aux délicats : Les arbres forts et ronds sur la verdure frêle, Vert tendre, ont l'air bien loin des brumes et des gaz,

Tant ils semblent plantés en terre paysanne. Un soleil clair, léger dans le ciel fin, bleuté À peine. On est comme en un bain où se pavane Le parfum d'une lente infusion de thé.

Dix heures et demie, heure des longs services Divins. Les cloches par milliers chantent dans l'air Sonore et volatil sur d'étranges caprices, Les psaumes de David s'ébrouent en brouillard clair.

Argentine comme on n'en entend pas en France, Pays de sonnerie intense, bronze amer, Font un concert très doux de joie et d'espérance, Trop doux peut-être, il faut la crainte de l'Enfer.

L'après-midi, cloches encor. Des files d'hommes ; De femmes et d'enfants bien mis glissent plutôt Qu'ils ne marchent, muets, on dirait économes De leur voix réservée aux amen de tantôt.

Tout ce monde est plaisant dans sa raide attitude Gardant, bien qu'erroné, le geste de la foi Et son protestantisme à la fois veule et rude Met quelqu'un tout de même au-dessus de la loi.

Espoir du vrai chrétien, riche vivier de Pierre, Poisson prêt au pêcheur qui peut compter dessus, Sait-Esprit, Dieu puissant, versez-leur la lumière Pour qu'ils apprennent à comprendre enfin Jésus.

Six heures. Les buveurs regagnent leur buvette, La famille son home et la rue est à Dieu : Et dans le ciel sali quelque étoile seulette Pronostique la pluie aux gueux sans feu ni lieu.

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