Skip to content
1889

LES MORTS QUE…

Paul-Marie Verlaine

LES morts que l’on fait saigner dans leur tombe Se vengent toujours. Ils ont leur manière, et plaignez qui tombe Sous leurs grands coups sourds.

Mieux vaut n’avoir jamais connu la vie, Mieux vaut la mort lente d’autres suivie, Tant le temps est long, tant les coups sont lourds. Les vivants qu’on fait pleurer comme un saigne

Se vengent parfois. Ceux-là qu’ils ont pris, qu’un chacun les plaigne, Pris entre leurs doigts. Mieux vaut un ours et les jeux de sa patte,

Mieux vaut cent fois le chanvre et sa cravate, Mieux vaut l’édredon d’Othello cent fois. O toi, persécuteur, crains le vampire Et crains l’étrangleur :

Leur jour de colère apparaîtra pire Que toute douleur. Tiens ton âme prête à ce jour ultime Qui surprendra l’assassin comme un crime

Et fondra sur le sol comme un voleur.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LES MORTS QUE… · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove