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1896

LA MONTRE BRISÉE

Paul-Marie Verlaine

DANS notre vie un peu fantasque, Il n’est, je crois, rien arrivéIl n’est, je crois, rien arrivé De plus masque et tambour de basque Et mi-carême et mardi grasEt mi-carême et mardi gras

Que cette colère venue De quel donc prétexte vraiment ?De quel donc prétexte vraiment ? Qui, dès grosse erreur reconnue, Nous rentrés de mauvaise humeur,Nous rentrés de mauvaise humeur,

Me fit, sans que rien pût là contre, D’un pied fantochement vainqueur,D’un pied fantochement vainqueur, Écraser cette pauvre montre Que tu venais de m’acheter.Que tu venais de m’acheter.

Je piétinais comme un beau diable, Comme un polichinell’ rageur,Comme un polichinell’ rageur, L’horloginette lamentable Qui tôt ne fut qu’un triste tasQui tôt ne fut qu’un triste tas

De cuivre et d’argent et de verre Dès lors se relevant en… « bosse »,Dès lors se relevant en… « bosse », Et maintenant, à moi sévère, Après coup je compris trop tardAprès coup je compris trop tard

Que j’ai mal fait et me lamente A propos du bijou perduA propos du bijou perdu Et de l’heure à jamais absente… Mais quelque chose de dedansMais quelque chose de dedans

Moi-même me dit : « C’est carême Aujourd’hui, mais rassure-toi, —Aujourd’hui, mais rassure-toi, — L’heure n’en va pas moins quand même. Heureuse ou non… »Heureuse ou non… »

Baste ! aimons-nous.Baste ! aimons-nous.

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