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1896

LA BONNE CRAINTE

Paul-Marie Verlaine

LE diable de Papefiguière Eut tort, d’accord, d’être effrayé De quoi, bons Dieu ! Mais que veut-on que je requière

A son encontre, moi qui ai Peur encor mieux ? Eh quoi, cette grâce infinie Délice, délire, harmonie

De cette chair, O femme, ô femmes, qu’est la vôtre Dont le mol péché qui s’y vautre M’est si cher

Aboutissant, c’est vrai, par quelles Ombreuses gentiment venelles Ou richement, Légère toison qui ondoie,

Toute de jour, toute de joie Innocemment, Or frisotté comme eau qui vire Où du soleil tiède se mire

Et qui sent fin, Lourds copeaux si minces ! d’ébène Tordus, sans nombre, sous l’haleine D’étés sans fin

Aboutissant à cet abîme Douloureux et gai, vil, sublime, Mais effrayant On dirait de sauvagerie,

De structure mal équarrie, Clos et béants. Oh ! oui, j’ai peur, non pas de l’antre Ni de la façon qu’on y entre

Ni de l’entour, Mais, dès l’entrée effectuée Dans l’âpre caverne d’amour, Qu’habituée

Pourtant à l’horreur fraîche et chaude, Ma tête en larmes et en feu, Jamais en fraude, N’y reste un jour, tant vaut le lieu !

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