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1896

L’ART POÉTIQUE « AD HOC »

Paul-Marie Verlaine

JE fais ces vers comme l’on marche devant soi — Sans musser, sans flâner, sans se distraire aux choses De la route, ombres ou soleils, chardons ou roses — Vers un but bien précis, sachant au mieux pourquoi !

J’adore, autrement, certain vague, non à l’âme, Bone Deus ! mais dans les mots, et je l’ai dit — Et je ne suis pas ennemi d’un tout petit Brin de fleurette autour du style ou de la femme.

Pourtant — et c’est ici le cas — j’ai mes instants Pratiques, sérieux si préférez, où l’ire Juste au fond, dans le fond injuste en tel cas pire, Sort de moi pour un grand festin à belles dents.

Ce festin, je ferai des milliards de lieues Pour me l’offrir et le manger avec les doigts, Goulûment, salement, sans grand goût ni grand choix. Et j’inaugure aujourd’hui ce ruban de queues,

A l’effet de me payer goujat et docteur, Niais ou vaurien, pute ou prude, ample provende ; Sang qui soûle, vraiment appétissante viande… — Surtout n’excusez pas les fautes de l’auteur !

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