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1881

IV

Paul-Marie Verlaine

Malheureux ! Tous les dons, la gloire du baptême, Ton enfance chrétienne, une mère qui t’aime, La force et la santé comme le pain et l’eau, Cet avenir enfin, décrit dans le tableau

De ce passé plus clair que le jeu des marées, Tu pilles tout, tu perds en viles simagrées Jusqu’aux derniers pouvoirs de ton esprit, hélas ! La malédiction de n’être jamais las

Suit tes pas sur le monde où l’horizon t’attire, L’enfant prodigue avec des gestes de satyre ! Nul avertissement, douloureux ou moqueur, Ne prévaut sur l’élan funeste de ton cœur.

Tu flânes à travers péril et ridicule, Avec l’irresponsable audace d’un Hercule Dont les travaux seraient fous, nécessairement. L’amitié – dame ! – a tu son reproche clément,

Et chaste, et sans aucun espoir que le suprême, Vient prier, comme au lit d’un mourant qui blasphème, La patrie oubliée est dure aux fils affreux, Et le monde alentour dresse ses buissons creux

Où ton désir mauvais s’épuise en flèches mortes. Maintenant il te faut passer devant les portes, Hâtant le pas de peur qu’on ne lâche le chien, Et si tu n’entends pas rire, c’est encor bien.

Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage ! Mais, tu vas la pensée obscure de l’image D’un bonheur qu’il te faut immédiat, étant Athée (avec la foule !) et jaloux de l’instant,

Tout appétit parmi ces appétits féroces, Épris de la fadaise actuelle, mots, noces Et festins, la « Science », et « l’esprit de Paris », Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris,

Imbécile ! et niant le soleil qui t’aveugle ! Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle Dans ta cervelle ainsi qu’un troupeau dans un pré. Et les vices de tout le monde ont émigré

Pour ton sang dont le fer lâchement s’étiole. Tu n’es plus bon à rien de propre, ta parole Est morte de l’argot et du ricanement, Et d’avoir rabâché les bourdes du moment.

Ta mémoire, de tant d’obscénités bondée, Ne saurait accueillir la plus petite idée, Et patauge parmi l’égoïsme ambiant, En quête d’on ne peut dire quel vil néant !

Seul, entre les débris honnis de ton désastre, L’Orgueil, qui met la flamme au fond du poétastre Et fait au criminel un prestige odieux, Seul, l’Orgueil est vivant, il danse dans tes yeux,

Il regarde la Faute et rit de s’y complaire. – Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère !

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