Skip to content
1893

IV

Paul-Marie Verlaine

Notre union plutôt véhémente et brutale Recèle une douceur que nulle autre n’étale, Nos caractères détestables à l’envi Sont un champ de bataille où tout choc est suivi

D’une trêve d’autant meilleure que plus brève. Le lourd songe oppressif s’y dissout en un rêve Élastique et rafraîchissant à l’infini. Je croirais pour ma part qu’un ange m’a béni

Que des Cieux indulgents chargeraient de ma joie, En ces moments de calme où ses ailes de soie Abritent la caresse enfin que je te dois. Et toi, n’est-ce pas, tu sens de même ; ta voix

Me le dit, et ton œil me le montre, ou si j’erre Plaisamment ? Et la vie alors m’est si légère Que j’en oublie, avec les choses de tantôt, Tout l’ancien passé, son naufrage et son flot

Battant la grève encore et la couvrant d’épaves. Et toi, n’est-ce pas, tu sens de même ces graves Moments de nonchaloirs voluptueux, où c’est Qu’un mensonge plus vrai que du vrai me berçait ?

Comme un air de pardon flotte comme un arome Sur le cœur affranchi du poids de tel fantôme, Et ô l’incube et le succube du présent, C’est toi, c’est moi dans le bon spasme renaissant

Après les froids contacts de deux âmes froissées. Vite, vite, accourez, nos plus tendres pensées, Nos maux les plus naïfs, nos mieux luisants regards. Plus de manières ni de tics, plus d’airs hagards.

Que d’armistice en armistice, une paix franche Éternise ce nid d’oiseaux bleus sur la branche.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
IV · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove