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1895

INTERMITTENCES

Paul-Marie Verlaine

Il est des jours, il est des mois, Il est jusques à des années Où fui des Muses surannées, Déserté par toutes ses Fois,

Froid aux couronnes comme aux tresses, Aux palmes ainsi qu'aux lauriers, Le Poëte, dont vous riez, Connaît aussi les sécheresses.

Tel un chrétien trop scrupuleux Ne trouve plus dans sa prière L'oraison douce et familière, Chaude au cœur aujourd'hui frileux,

À l'âme désormais glacée Qui frémit de doute en l'horreur Du seul, scrupule d'une erreur Dont il soupçonne sa pensée…

Mais laissez faire : l'an viendra, Le mois viendra, le jour propice Où du morose précipice L'âme immortelle surgira,

Où le cœur sincère et fidèle Retrouvera l'arbre et les nids Des bons pensers par Dieu bénis, Et s'y rendra d'un grand coup d'aile

Ainsi le Poëte, guéri De la torpeur qui l'étiole, Tout à coup s'essore et s'envole Vers le bosquet toujours chéri,

D'où, voix qu'a refaite un long jeûne, Dans les crépuscules seuls siens, Il chante ses chagrins anciens Et l'espérance à jamais jeune !

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