Skip to content
1895

IMPRESSION DE PRINTEMPS

Paul-Marie Verlaine

Il est des jours — avez-vous remarqué ? — Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau, Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai Que la même gaieté d'un damoiseau.

L'on se souvient sans bien se rappeler… Évidemment l'on rêve, et non, pourtant. L'on semble nager et l'on croirait voler, L'on aime ardemment sans amour, cependant

Tant est léger le cœur sous le ciel clair Et tant l'on va, sûr de soi, plein de foi Dans les autres, que l'on trompe avec l'air D'être plutôt trompé gentiment, soi.

La vie est bonne et l'on voudrait mourir, Bien que n'ayant pas peur du lendemain, Un désir indécis s'en vient fleurir, Dirait-on, au cœur plus et moins qu'humain.

Hélas ! faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment ! Ô dieux cléments, gardez-moi du malheur D'à jamais perdre un moment si charmant.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
IMPRESSION DE PRINTEMPS · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove