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1893

III

Paul-Marie Verlaine

L’écartement des bras m’est cher, presque plus cher Que l’écartement autre : Mer puissante et que belle et que bonne de chair, Quel appât est la vôtre !

O seins, mon grand orgueil, mon immense bonheur, Purs, blancs, joie et caresse, Volupté pour mes yeux et mes mains et mon cœur Qui bat de votre ivresse,

Aisselles, fins cheveux courts qu’ondoie un parfum Capiteux où je plonge, Cou gras comme le miel, ambré comme lui, qu’un Dieu fit bien mieux qu’en songe,

Fraîcheur enfin des bras endormis et rêveurs Autour de mes épaules, Palpitants et si doux d’étreinte à mes ferveurs Toutes à leurs grands rôles,

Que je ne sais quoi pleure en moi, peine et plaisir, Plaisir fou, chaste peine, Et que je ne puis mieux assouvir le désir De quoi mon âme est pleine

Qu’en des baisers plus langoureux et plus ardents Sur le glorieux buste Non sans un sentiment comme un peu triste dans L’extase comme auguste !

Et maintenant vers l’ombre blanche – et noire un peu, L’amour il peut détendre Plus par en bas et plus intime son fier jeu Dès lors naïf et tendre !

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