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1881

III

Paul-Marie Verlaine

– Il faut m’aimer ! Je suis l’universel Baiser, Je suis cette paupière et je suis cette lèvre Dont tu parles, ô cher malade, et cette fièvre Qui t’agite, c’est moi toujours ! Il faut oser

M’aimer ! Oui, mon amour monte sans biaiser Jusqu’où ne grimpe pas ton pauvre amour de chèvre, Et t’emportera, comme un aigle vole un lièvre, Vers des serpolets qu’un ciel cher vient arroser.

O ma nuit claire ! ô tes yeux dans mon clair de lune ! O ce lit de lumière et d’eau parmi la brune ! Toute celle innocence et tout ce reposoir ! Aime-moi ! Ces deux mots sont mes verbes suprêmes,

Car étant ton Dieu tout-puissant, je peux vouloir, Mais je ne veux d’abord que pouvoir que tu m’aimes.

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