Skip to content
1888

II

Paul-Marie Verlaine

Car vraiment, j’ai souffert beaucoup ! Débusqué, traqué comme un loup Qui n’en peut plus d’errer en chasse Du bon repos, du sûr abri,

Et qui fait des bonds de cabri Sous les coups de toute une race. La Haine et l’Envie et l’Argent, Bons limiers au flair diligent,

M’entourent, me serrent. Ça dure Depuis des jours, depuis des mois, Depuis des ans ! Dîner d’émois, Souper d’effrois, pitance dure !

Mais, dans l’horreur du bois natal, Voici le Lévrier fatal, La Mort. – Ah ! la bête et la brute ! – Plus qu’à moitié mort, moi, la Mort

Pose sur moi sa patte et mord Ce cœur, sans achever la lutte ! Et je reste sanglant, tirant Mes pas saignants vers le torrent

Qui hurle à travers mon bois chaste. Laissez-moi mourir au moins, vous, Mes frères pour de bon, les Loups ! – Que ma sœur, la Femme, dévaste.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
II · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove