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1891

II

Paul-Marie Verlaine

La vie est bien sévère A cet homme trop gai : Plus le vin dans le verre Pour le sang fatigué,

Plus l'huile dans la lampe Pour les yeux et la main, Plus l'envieux qui rampe Pour l'orgueil surhumain,

Plus l'épouse choisie Pour vivre et pour mourir, En qui l'on s'extasie Pour s'aider à souffrir,

Hélas ! et plus les femmes Pour le cœur et la chair, Plus la Foi, sel des âmes, Pour la peur de l'Enfer,

Et ni plus l'Espérance Pour le ciel mérité Par combien de souffrance ! Rien. Si. La Charité,

Le pardon des offenses Comme un déchirement, L'abandon des vengeances Comme un délaissement,

Changer au mieux le pire, A la méchanceté Déployant son empire Opposer la bonté,

Peser, se rendre compte, Faire la part de tous, Boire la bonne honte, Être toujours plus doux…

Quelque chaleur va luire Pour le cœur fatigué, La vie enfin sourire A cet homme trop gai.

Et puisque je pardonne, Mon Dieu, pardonnez-moi, Ornant l'âme enfin bonne D'espérance et de foi.

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