Skip to content
1891

II

Paul-Marie Verlaine

Compagne savoureuse et bonne A qui j’ai confié le soin Définitif de ma personne, Toi mon dernier, mon seul témoin,

Viens çà, chère, que je te baise, Que je t’embrasse long et fort, Mon cœur près de ton cœur bat d’aise Et d’amour pour jusqu’à la mort :

Aime-moi, Car, sans toi, Rien ne puis, Rien ne suis.

Je vais gueux comme un rat d’église, Et toi tu n’as que tes dix doigts ; La table n’est pas souvent mise Dans nos sous-sols et sous nos toits ;

Mais jamais notre lit ne chôme, Toujours joyeux, toujours fêté, Et j’y suis le roi du royaume De ta gaîté, de ta santé !

Aime-moi, Car, sans toi, Rien ne puis, Rien ne suis.

Après nos nuits d’amour robuste, Je sors de tes bras mieux trempé, Ta riche caresse est la juste Sans rien de ma chair de trompé,

Ton amour répand la vaillance Dans tout mon être, comme un vin, Et, seule, tu sais la science De me gonfler un cœur divin.

Aime-moi, Car, sans toi, Rien ne puis, Rien ne suis.

Qu’importe ton passé, ma belle, Et qu’importe, parbleu ! le mien : Je t’aime d’un amour fidèle Et tu ne m’as fait que du bien.

Unissons dans nos deux misères Le pardon qu’on nous refusait, Et, je t’étreins et tu me serres Et zut au monde qui jasait !

Aime-moi Car, sans toi, Rien ne puis, Rien ne suis.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
II · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove