Skip to content
1893

I

Paul-Marie Verlaine

Tu fus une grande amoureuse A ta façon, la seule bonne Puisqu’elle est tienne et que personne Plus que toi ne fut malheureuse

Après la crise de bonheur Que tu portas avec honneur, Oui, tu fus comme une héroïne, Et maintenant tu vis, statue

Toujours belle sur la ruine D’un espoir qui se perpétue En dépit du Sort évident, Mais tu persistes cependant.

Pour cela, je t’aime et t’admire Encore mieux que je ne t’aime. Peut-être, et ce m’est un suprême Orgueil d’être meilleur ou pire

Que celui qui fit tout le mal, D’être à tes pieds tremblant, féal. Use de moi, je suis ta chose ; Mon amour va, ton humble esclave,

Prêt à tout ce que lui propose Ta volonté, dure ou suave, Prompt à jouir, prompt à souffrir, Prompt vers tout hormis pour mourir !

Mourir dans mon corps et mon âme, Je le veux si c’est ton caprice. Quand il faudra que je périsse Tout entier, fais un signe, femme,

Mais que mon amour dût cesser ? Il ne peut que s’éterniser. Jette un regard de complaisance, O femme forte, ô sainte, ô reine,

Sur ma fatale insuffisance Sans doute à te faire sereine : Toujours triste du temps fané, Du moins, souris au vieux damné.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
I · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove