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1891

I

Paul-Marie Verlaine

Ô ne blasphème pas, poète, et souviens-toi. Certes la femme est bien, elle vaut qu’on la baise, Son cul lui fait honneur, encor qu’un brin obèse Et je l’ai savouré maintes fois, quant à moi.

Ce cul (et les tétons) quel nid à nos caresses ! Je l’embrasse à genoux et lèche son pertuis Tandis que mes doigts vont, fouillant dans l’autre puits Et les beaux seins, combien cochonnes leurs paresses !

Et puis, il sert, ce cul, encor, surtout au lit Comme adjuvant aux fins de coussins, de sous-ventre, De ressort à boudin du vrai ventre pour qu’entre Plus avant l’homme dans la femme qu’il élit,

J'y délasse mes mains, mes bras aussi, mes jambes, Mes pieds. Tant de fraîcheur, d’élastique rondeur M’en font un reposoir désirable où, rôdeur, Par instant le désir sautille en vœux ingambes.

Mais comparer le cul de l’homme à ce bon cu, À ce gros cul moins voluptueux que pratique Le cul de l’homme fleur de joie et d’esthétique Surtout l’en proclamer le serf et le vaincu,

« C’est mal », a dit l’amour. Et la voix de l’Histoire : Cul de l’homme, honneur pur de l’Hellade et décor Divin de Rome vraie et plus divin encor, De Sodome morte, martyre pour sa gloire.

« Shakspeare, abandonnant du coup Ophélia, Cordélia, Desdémona, tout son beau sexe Chantait en vers magnificents — qu’un sot s’en vexe — La forme masculine et son alleluia.

« Les Valois étaient fous du mâle et dans notre ère L’Europe embourgeoisée et féminine tant Néanmoins admira ce Louis de Bavière, Le roi vierge au grand cœur pour l’homme seul battant.

« La Chair, même, la chair de la femme proclame Le cul, le vit, le torse et l’œil du fier Puceau, — Et c’est pourquoi, d’après le conseil à Rousseau, Il faut parfois, poète, un peu « quitter la dame ».

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