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1881

I

Paul-Marie Verlaine

Bon chevalier masqué qui chevauche en silence, Le malheur a percé mon vieux cœur de sa lance. Le sang de mon vieux cœur n’a fait qu’un jet vermeil Puis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.

L’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche, Et mon vieux cœur est mort dans un frisson farouche. Alors le chevalier Malheur s’est rapproché, Il a mis pied à terre et sa main m’a touché.

Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure Tandis qu’il attestait sa loi d’une voix dure. Et voici qu’au contact glacé du doigt de fer Un cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier.

Et voici que, fervent d’une candeur divine, Tout un cœur jeune et bon battit dans ma poitrine. Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu, Comme un homme qui voit des visions de Dieu.

Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête, En s’éloignant me fit un signe de la tête Et me cria (j’entends encore celle voix) : « Au moins, prudence ! Car c’est bon pour une fois. »

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