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1870

I

Paul-Marie Verlaine

Le soleil du matin doucement chauffe et dore Les seigles et les blés tout humides encore, Et l’azur a gardé sa fraîcheur de la nuit. L’on sort sans autre but que de sortir ; on suit,

Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes, Un chemin de gazon que bordent de vieux aunes. L’air est vif. Par moment un oiseau vole avec Quelque fruit de la haie ou quelque paille au bec,

Et son reflet dans l’eau survit à son passage. C’est tout. Mais le songeur aime ce paysage Dont la claire douceur a soudain caressé

Son rêve de bonheur adorable, et bercé Le souvenir charmant de cette jeune fille, Blanche apparition qui chante et qui scintille, Dont rêve le poète et que l’homme chérit,

Évoquant en ses vœux dont peut-être on sourit La Compagne qu’enfin il a trouvée, et l’âme Que son âme depuis toujours pleure et réclame.

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