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1896

GRIEFS

Paul-Marie Verlaine

ON me dit, vieux, qui ça ? Les jeunes d’aujourd’hui ! Homère est vieux aussi, je réclame de lui, Non dans des termes équivoques ni baroques, Non esprit qui n’a pas besoin de leurs breloques

Pour tinter et briller au vrai soleil d’été. Cinquante ans, non sonnés, n’ont pas trop hébété, Que je sache, l’esprit dont Dieu fit mon partage. On me dit vieux, qui ça ? Les amants de cet âge.

Ci, mannequins transis, de Gomorrhe venus. Or je suis tout plein vert, j’en atteste Vénus Et les dames. On me dit vieux, qui ça ? Ce maître Es-Anarchie (un mot suranné), petit traître

A la patrie en deuil, au pauvre qu’il voudrait Faire méchant au lieu des soins qu’il lui faudrait, Conseils doux, Dieu montré, pain, vin, la main tendue Et la bonne mort patiemment attendue

Comme la délivrance en une vie enfin Heureuse ! On me dit vieux, qui ça ? Cet aigrefin Imberbe, mais pêcheur émérite en eau trouble,

Qui me plaint de mon indigence triple et double, Unique ! sans songer un instant, le pauvret, Que je suis riche, étant honnête. Apre secret, Recette pas drôle, être riche puisque honnête !

On me dit vieux encore. Encore qui de bête ? Ah oui, parfois moi-même, alors surtout que j’ai Mal agi, mal parlé, garrulé comme un geai, Trottiné, comme un âne à travers telle et telle

Préoccupation, sordeur ou bagatelle. Mais j’ai tôt reverdi d’entre ces détritus Et je me bande en presque enfantines vertus, En efforts bien adolescents, en très viriles

Actions contre mes propres propos futiles ! Je demande pardon pour leur peu haute voix Et le ton vif, — mais on n’est jeune qu’une fois.

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