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1892

FINAL

Paul-Marie Verlaine

J’ai fait ces vers, bien qu’un bien indigne pécheur, O bien indigne, après tant de grâces données, Lâchement, salement, froidement piétinées Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur.

J’ai fait ces vers, Seigneur, à votre gloire encor, A votre gloire douce encore qui me tente Toujours, en attendant la formidable attente Ou de votre courroux ou de ta gloire encore,

Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché, Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt ! Je me rementerais de votre amour, plutôt, Que de mon effrayant et vil et laid péché.

Jésus qui sus bénir ma folle indignité, Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature, Et dès avant le temps, choisis clans la nature, Créateur, moi, ceci, pourri d’indignité !

Aussi, Jésus ! avec un immense remords Et plein de tels sanglots ! à cause de mes fautes Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes, Les pieds pleins de cloques et les usages morts,

Les usages ? Du cœur, de la tête, de tout Mon être on dirait cloué de paralysie Navrant en même temps ma pauvre poésie Qui ne s’exhale plus, mais qui reste debout

Comme frappée, ainsi le troupeau par l’orage, Berger en tête, et si fidèle nonobstant Mon cœur est là, Seigneur, qui t’adore d’autant Que tu m’aimes encore ainsi parmi l’orage.

Mon cœur est un troupeau dissipé par l’autan Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, gifle D’une dent suffisante et dure assez l’engeance.

Affreuse que je suis, troupeau qui m’en allai Vers une monstrueuse et solitaire voie. O, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie ! Votre pacage simple en les prés où j’allai

Naguère, et le lin pur qu’il faut et qu’il fallut, Et la contrition, hélas ! si nécessaire, Et si vous voulez bien accepter ma misère, La voici ! faites-la, telle, hélas ! qu’il fallut.

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