O Jésus, vous m'avez puni moralement Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance ; Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance, Ô Jésus, vous me punissez physiquement.
L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille, La console, la plaint, lui sourit, la guérit Par une claire, simple et logique merveille. La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit
Le « Fiat lux », le créateur de la nature, Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous Plein de douceur, mais lors faisait la créature Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux.
La Science, un souci vénérable, tâtonne, Essaie, et pour guérir, à son tour, fait souffrir, Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne, Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir,
Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme De pierre ou d'huile ou d'eau, raffine ta douleur Tu dirais, pour un bien pourtant ; mais quel énorme Effort souvent infructueux ; chair de malheur !
Chair, mystère plus noir et plus mélancolique Que tous autres, pourquoi toi ! Mais Dieu te voulut, Et tu fus, et tu vis, comment ? au vent oblique Des funestes saisons et du mal qui t'élut.
Et tu fus, et tu vis, comment ! miracle frêle, Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu De plaisir mêlé d'amertume et de querelle. Oui, pourquoi toi ?
Jésus répond : « Pour être enfin Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse Et d'amour et plus tard glorieuse au divin Séjour définitif de liesse et de largesse !
Encore un peu de temps, souffre encore un instant, Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science Peut tarir, et surtout, ô mon fils repentant, Ne perds jamais cette vertu, la confiance !
La confiance en moi seul ! Et je te le dis Encore : patiente et m'offre ta souffrance. Je l'assimilerai comme j'ai fait jadis, Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance,
L'espérence en mon Père. Il est père, il est roi, Il est bonté ; c'est le bon Dieu de ton enfance, Souffre encore un instant et garde bien la foi, La foi dans mon Église et tout ce qu'elle avance.
Sois humble et souffre en paix, autant que tu pourras. Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde. Qui le sait mieux que moi ? Lorsque tu souffriras Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde,
Et de mon agonie, et du reste ? Allons, vois, C'est fait : le mal n'est plus. Tu peux vivre dans l'aise Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise, Au soleil, et mourir et renaître à ma voix. »
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