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1895

EN MANIÈRE D'ADIEUX

Paul-Marie Verlaine

Ainsi donc, adieu, cher moi-même, Que d'honnêtes gens ont blâmé, Les pauvres ! d'avoir trop aimé, Trop flatté (dame, quand on aime !),

Adieu, cher moi, chagri et joie Dont j'ai, paraît-il, tant parlé Qu'on n'en veut plus, que c'est réglé ! Désormais faut que je me noie

Au sein — comment dit-on cela ? — De l'Art Impersonnel, et, digne, Que j'assume un sang-froid insigne Pour te chanter, ô Walhalla,

Pour, Bouddha, célébrer tes rites Et vos coutumes, tous pays ! Et, le mien de pays, ô hiss ! Dire tes torts et tes mérites,

Et dans des drames palpitants, Parmi des romans synthétiques Ou bien, alors, analytiques, M'étendre en tropes embêtants !

Adieu, cher moi-même en retraite, C'est un peu déjà du tombeau Qui nous guigne à travers ce beau Projet vers l'art de seule tête,

Adieu, le Cœur ! Il n'en faut plus : C'est un peu déjà de la terre Sur la Tête… et son art… austère, Que ces « adieux irrésolus ».

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