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1884

CONSEIL FALOT

Paul-Marie Verlaine

Brûle aux yeux des femmes Et garde ton cœur, Mais crains la langueur Des épithalames.

Bois pour oublier ! L’eau-de-vie est une Qui porte la lune Dans son tablier.

L’injure des hommes, Qu’est-ce que ça fait ? Va, notre cœur sait Seul ce que nous sommes.

Ce que nous valons Notre sang le chante ! L’épine méchante Te mord aux talons ?

Le vent taquin ose Te gifler souvent ? Chante dans le vent Et cueille la rose !

Va, tout est au mieux Dans ce monde pire ! Surtout laisse dire, Surtout sois joyeux

D’être une victime A ces pauvres gens : Les dieux indulgents Ont aimé ton crime !

Tu refleuriras Dans un élysée. Ame méprisée, Tu rayonneras !

Tu n’es pas de celles Qu’un coup du Destin Dissipe soudain En mille étincelles.

Métal dur et clair, Chaque coup t’affine En arme divine Pour un destin fier.

Arrière la forge ! Et tu vas frémir Vibrer et jouir Au poing de saint George

Et de saint Michel, Dans des gloires calmes, Au vent pur des palmes Sur l’aile du ciel !…

C’est d’être un sourire Au milieu des pleurs, C’est d’être des fleurs, Au champ du martyre,

C’est d’être le feu Qui dort dans la pierre, C’est d’être en prière, C’est d’attendre un peu !

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