Gens de Brives-la-Gaillard De Pantin, de Tombouctou Venez apprendre de nous Jusqu'où le crime s'hazarde.
Oyez, gens des nations Venus pour l'Exposition. Napoléon-le-Troisième À visiter les Beaux-Arts
Avait invité le Czar Alexandre-le-Deuxième. À ses côtés on admir Le grand duc et Vladimir.
On passa une grand' revue Dans de Boulogne-le-Bois Ni hommes ni femm'tous rois En casque et en grande tenue
Même que sur leurs sommets Ils avaient tous leurs plumets. Les Cent-gardes et les Guides Les Chasseurs et les Turcos
En turbans de calicots Avaient des airs intrépides. Tous brandissent leurs drapeaux Troués à Solférino.
Les Zouaves de la garde, Les artilleurs, les pompiers, Et même les infirmiers Défilèrent sous les arbres,
Avec un chic martial Qui fait réfléchir Bismark. Et la foule enthousiaste S'écrie : Vive l'Empereur !
Sauf d'avocats en fureur Comme ça arrive dans c'te caste Qui s'écrient des Rois au nez « Viv' les lanciers polonais ! »
Pas très loin de la cascade Les souverains ont filé (Aussitôt le défilé) Dans les carosses de parade.
L'Emp'reur, ce second César, Est dans le mêm' que le Czar. Soudain du sein de la foule Sort un jeune homme agité
Dépourvu d'humanité Et qui sous ses pieds la foule, Et qui tire un pistolet D'la doublure de son gilet.
Heureusement qu'à la portière Galoppe un jeune écuyer Brave, galant et qui est L'ange de la France entière.
Il comprend à d'mi mot, car C'est le gendre de Mocquard. Le coup part, le ch'val se cabre Et r'çoit la charge dans l'naseau.
L'effroi s'répand aussitôt. Un général tire son sabre. La ball'que le Czar évite Couvr'de sang le Czarewit !
Lors tout de suit' ce bon père « Êtes-vous tués, mes fistons ? » — Non, papa, vous êtes bien bon. — Ni vous non plus, je l'espère,
Ce n'est pas du sang royal, Mais c'est du sang d'animal. Notr'Emp'reur qui jamais n'tremble Se levant de son séant
Dit : « Il fallait que céans Nous vissions le feu ensemble. » Puis d'son fiacre de gala Il dit : « Arrêtez c'gas-là ! »
Pendant c'temps-là l'arme éclate D'horreur pour ce noir dessein. La main gauch' de l'assassin En devient tout écarlate.
La foule empoigne tout c'qui Put s'prendre de Berezowski. L'chef de la police secrète Arrive avec ses agents ;
Il le tire des mains d'ces gens Et dans un remise le jette Et dit : « Les morceaux sont bons Pour être mis en prison. »
M'sieur Rouher prend un'voiture Puis il enfil' son pal'tot. Et puis il se rend aussitôt Au dépôt d'la Préfecture.
Et lui dit : « Jeune étranger Je vais vous interroger. » « Possédez-vous des complices ? Dit l'ministre avec douceur.
L'autre lui répond ! Et ta sœur ? » Sans respect pour la justice Dût-on de coups me rouer J'en ai pas, Monsieur. Rouher.
Où avez-vous pris cette arme ? — J'vais vous l'dire, car je suis franc, Elle m'a coûté neuf francs. Je l'jure devant les gendarmes
Même qu'il m'a dit l'arq'busier, Faut pas qu'vous en abusiez. Continuant sa semonce, Rouher, toujours plein de douceur,
Dit : "Vous pouviez tuer l'Empereur. — Non ! que lui répond ce monstre : La balle d'un Polonais Ne peut se tromper jamais.
Le soir bal à l'Ambassade Raimbaud r'çut la croix d'honneur Et pour comble de bonheur De l'Empereur l'embrassade
Et la plaqu' de Stanislas Pendant qu'l'autre est à Mazas. On mande le vétérinaire Près du cheval de Raimbaux.
Il lui trouve les reins beaux Mais l'air valétudinaire. Marx prétendait qu'il est mort, Maillard dit qu'il vit encor.
Dans cette histoire fâcheuse La Pologne n'est pour rien. Le troupeau se porte bien Malgré la brebis galeuse.
Donc, pas d'exagération, Et vive Napoléon !
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