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1866

César Borgia

Paul-Marie Verlaine

Sur fond d'ombre noyant un riche vestibule Où le buste d'Horace et celui de Tibulle Lointains et de profil rêvent en marbre blanc, La main gauche au poignard et la main droite au flanc,

Tandis qu'un rire doux redresse la moustache, Le duc César en grand costume se détache. Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir Vont contrastant, parmi l'or somptueux d'un soir,

Avec la pâleur mate et belle du visage Vu de trois quarts et très ombré, suivant l'usage Des Espagnols ainsi que des Vénitiens Dans les portraits de rois et de patriciens.

Le nez palpite, fin et droit. La bouche, rouge, Est mince, et l'on dirait que la tenture bouge Au souffle véhément qui doit s'en exhaler. Et le regard, errant avec laisser-aller

Devant lui, comme il sied aux anciennes peintures, Fourmille de pensers énormes d'aventures. Et le front, large et pur, sillonné d'un grand pli, Sans doute de projets formidables rempli,

Médite sous la toque où frissonne une plume S'élançant hors d'un nœud de rubis qui s'allume.

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César Borgia · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove