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1870

Bruxelles

Paul-Marie Verlaine

Tournez, tournez, bons chevaux de bois, Tournez cent tours, tournez mille tours, Tournez souvent et tournez toujours, Tournez, tournez au son des hautbois.

Le gros soldat, la plus grosse bonne Sont sur vos dos comme dans leur chambre ; Car, en ce jour, au bois de la Cambre, Les maîtres sont tous deux en personne.

Tournez, tournez, chevaux de leur cœur, Tandis qu’autour de tous vos tournois Clignote l’œil du filou sournois, Tournez au son du piston vainqueur.

C’est ravissant comme ça vous soûle D’aller ainsi dans ce cirque bête ! Bien dans le ventre et mal dans la tête, Du mal en masse et du bien en foule.

Tournez, tournez, sans qu’il soit besoin D’user jamais de nuls éperons Pour commander à vos galops ronds, Tournez, tournez, sans espoir de foin

Et dépêchez, chevaux de leur âme : Déjà voici que la nuit qui tombe Va réunir pigeon et colombe, Loin de la foire et loin de madame.

Tournez, tournez ! le ciel en velours D’astres en or se vêt lentement. Voici partir l’amante et l’amant. Tournez au son joyeux des tambours !

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