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1895

BERGERADES

Paul-Marie Verlaine

À l'instar des bergers de Virgile Et même ceux de Florian, Nous aimons les belles, tout en en Craignant moult pour notre cœur fragile.

Surtout nous redoutons l'option Qui nous conduirait à la sottise De nous fâcher — façon mal exquise — Avec Elles, notre passion !

On est si malheureux, dès qu'on aime, De n'aimer plus on est si penaud, Qu'il semble alors qu'il faille, qu'il faut, Mourir soudain d'une mort suprême.

Et quelle mort choisir, s'il vous plaît, Dans cette crise et cette tourmente ? Le fer, le poison ? Plutôt, m'amante, Ne nous aimer qu'au calme complet

Et ne pas adopter le manège Des gens échevelés bien par trop Qui mènent leur intrigue au galop, Cochers branlant toujours sur leur siège,

Hippolytes sans frein de chevaux Non pas plus emportés que leur maître Et qui finissent toujours par être Victimes de leur course par vaux

Et par monts, ô princes déplorables ! Sans un vers pour consoler leur mort, Sans un vers pour chanter leur effort Et du moins leurs trépas honorables,

Sans un vers d'Euripide ou Racine Pour bercer leur plainte amère et pour Célébrer leur haine ou leur amour… Oh, ne jamais s'aimer sous ce signe !

C'est pourquoi ne point aimer du tout Que d'une amour plutôt sensuelle, Et fi de la morale usuelle… Conduisons-nous suivant le bon goût.

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