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1888

BALLADE

Paul-Marie Verlaine

MON jardin fut doux et léger. Tant qu’il fut mon humble richesse : Mi-potager et mi-verger, Avec quelque fleur qui se dresse

Couleur d’amour et d’allégresse, Et des oiseaux sur des rameaux, Et du gazon pour la paresse. Mais rien ne valut mes ormeaux.

De ma claire salle à manger Où du vin fit quelque prouesse, Je les voyais tous deux bouger Doucement au vent qui les presse

L’un vers l’autre en une caresse, Et leurs feuilles flûtaient des mots. Le clos était plein de tendresse. Mais rien ne valut mes ormeaux.

Hélas ! quand il fallut changer. De cieux et quitter ma liesse, Le verger et le potager Se partagèrent ma tristesse,

Et la fleur couleur charmeresse, Et l’herbe, oreiller de mes maux, Et l’oiseau surent ma détresse. Mais rien ne valut mes ormeaux.

Prince, j’ai goûté la simplesse De vivre heureux dans vos hameaux : Gaîté, santé que rien ne blesse. Mais rien ne valut mes ormeaux.

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BALLADE · Paul-Marie Verlaine · Poetry Cove